Le 29 septembre 2026, Julie Couvreur a publié une vidéo intitulée Le Mensonge dans lequel nous vivons1. De nombreux pseudo-archéologues prophétisent des changements et des transformations. Depuis quelques semaines, Oleg de Normandie publie des vidéos dans lesquels il prédit des changements et diffuse des “révélations”2. Jacques Grimault a lui-même créé une forme d’enseignement qui confine à des prophéties.
La vidéo de madame Couvreur est un condensé de l’escroquerie de la pseudo archéologie. En effet, elle assène des affirmations sans les étayer par des démonstrations et sans les appuyer sur des exemples. Que sont-elles ? Que l’histoire du monde est cyclique, que les récits mythologiques cachent des rencontres avec des extra-terrestres, que certains initiés connaissent ces savoirs, que la science et certaines de ses théories sont des mensonges et que les historiens et les archéologues refusent de changer leurs paradigmes, par conformisme, par appât du gain et/ou par crainte pour leurs carrières. Elle considère que la connaissance du passé serait “davantage une doctrine qu’une enquête ouverte”3.
L’histoire étant formée de cycles, elle construit une histoire du monde dans laquelle des civilisations avancées ont disparu, lors de cataclysmes. Elle emprunte ici au catastrophisme, hypothèse présente au sein de la géologie naissante du XIXe siècle, mais qui, depuis, a été réfuté4. Elle emprunte également à certaines traditions religieuses, notamment hindoue ; c’est la seule qu’elle cite en parlant des quatre âges successifs, les Yuga5. Cet emprunt marque une adhésion non pas aux sciences, mais bien à une croyance.
Et Julie Couvreur plaque son ignorance sur ses croyances. Elle explique ainsi que depuis le XVIIIe siècle, “on” nous enseigne une vision linéaire de l’Histoire. En réalité, l’histoire en tant que science n’existe que depuis le XIXe siècle, et que les écoles historiques et archéologiques du XXe et du XXIe siècle ont largement abandonné une vision linéaire de l’histoire comme étant une marche en avant du progrès6. Mais, cette idée que l’archéologie est restée figée lui permet de développer une vision complotiste de cette discipline en affirmant que les chercheurs qui sortent du cadre seraient discrédités. Or, l’archéologie a changé ses paradigmes plusieurs fois durant le XXe et le XXIe siècle, et ces changements ont justement été effectués par des chercheurs qui sont sortis du cadre précédent. C’est ainsi que les archéologues comme Gordon Childe7 ou Lewis Binford8 ont transformé la manière de percevoir le passé.
Ce cadre est pour elle celui du darwinisme, dont elle estime qu’il a créé cette vision d’un progrès linéaire9. Or, d’une part, le darwinisme ne concerne pas l’évolution des sociétés humaines mais celle des espèces, et d’autre part, le darwinisme ne prétend pas à une évolution linéaire vers le progrès10. Mais, en s’appuyant sur cette constatation, elle estime ainsi que le “récit officiel” indique que tout ce qui précède l’apparition des premières cités appartient “à l’obscurité primitive”11. Cette affirmation montre d’une part son ignorance de la préhistoire et d’autre part son mépris des sociétés qu’elle juge primitive.
À cela, elle ajoute que si les religions ont été formées selon un processus long, elles ont été récupérées dans le but de dominer. Elle assène ici une affirmation sans prendre de pincettes ou donner de définition : “Les religions apparaissent à la fois comme les gardiennes et les geôlières de la mémoire du monde”12. Que penser de cette affirmation, alors même qu’elle s’appuie sur certaines traditions religieuses et en écartent d’autres ? Ce qu’elle cherche sans doute à montrer, c’est que le pouvoir s’oppose aux révélations. Elle ajoute que “le contrôle du passé devient un instrument de légitimation du présent”13. Elle estime ainsi que les universités, les programmes scolaires ou les grands médias figent cette mémoire et cadrent ce qui est autorisé de dire sur le passé. Le récit du progrès serait donc dominant dans le monde universitaire. Là encore, elle invente et plaque son ignorance sur la manière dont la science les révolutions scientifiques se forment14. Mais, elle prétend qu’il existe une dissimulation : “il reste difficile de désigner ceux qui orchestrent la dissimulation”15. Elle reprend ici l’antienne de la plupart des pseudo-chercheurs, de Robert Charroux à Graham Hancock qui affirment que les recherches universitaires dissimulent la vérité.
Tout ce discours aboutit à sa prophétie : elle affirme en effet que “notre humanité présente toutes les caractéristiques d’une fin de cycle ; elle a atteint une puissance technique sans précédent, et perdu dans le même moment le sens de sa propre existence” (…) “Elle a oublié ses origines au moment où elle se croit au sommet de l’Histoire”16. Tout le discours de madame Couvreur a donc un seul objectif : non pas présenter une vision du passé, mais se présenter implicitement comme une prophétesse. Elle serait donc une des personnes initiées capable de dévoiler le passé et de prédire le futur.
En réalité, madame Couvreur plaque ici ses croyances. Dans cette vidéo, elle ne présente au fait, uniquement des suppositions. Où sont les preuves de l’existences d’une civilisation avancée ? Quelles traces présente ici madame Couvreur ? Aucune. Où sont les preuves de contact avec des extra-terrestres ? Quels vestiges ont-ils laissé ? Là encore, madame Couvreur ne donne aucun indice, aucune preuve. Les maigres sources qu’elle donne, la mythologie hindou ou les textes de Platon ne sont pas des preuves concrètes du néo-évhémérisme.
Madame Couvreur nous présente bien ici des croyances, pas des faits ; ses croyances. Et elle déploie ensuite un discours anti-scientifique, dans laquelle elle donne à croire que les historiens, les archéologues, les paléontologues ou encore les biologistes sont bloquées dans des théories du XIXe siècle, alors que c’est elle qui n’a pas dépassé les connaissances de cette période.
Elle donne à croire également que les scientifiques sont bloqués par conformisme, par carriérisme ou par volonté de contrôle. C’est tout le contraire. Cette vidéo montre que madame Couvreur se place en prophétesse, prêchant ses croyances, pour atteindre le plus de fidèles possibles et accroitre à la fois sa notoriété et ses gains.
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎
- https://www.youtube.com/@paganstv/videos, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, 02:10, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎
- Mott GREENE, “Geology”, in Peter BOWLER et John PICKSTONE, The Cambridge History of Science, vol 6, Modern Biological and Earth Sciences, Cambridge, CUP, 2009. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, 01:25, consulté le 1er octobre 2026. ↩︎
- François DJINDJIAN, L’Archéologie. Théories, méthodes et reconstitutions, Paris, Armand, Colin, 2022, pages 15 à 53 ; Christian DELACROIX, François DOSSE, Patrick GARCIA, Les courants historiques en France, XIXe-XXe siècle, Paris, Gallimard, 2005 ; Philippe JOCKEY, L’Archéologie, Paris, Belin, 2009, pages 23 à 160. ↩︎
- Philippe JOCKEY, L’Archéologie, op. cité, page 170. ↩︎
- Philippe JOCKEY, L’Archéologie, op. cité, pages 288 à 292. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, 04:40, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎
- Johnathan HODGE et Gregory RADICK (edit), The Cambridge Companion to Darwin, Cambridge, CUP, 2009. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, 05:55, consulté 30 septembre 2026. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, 07:45, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎
- Thomas KUHN, Les structures de la révolution scientifique, Paris, Flammarion, 2018 pour la seconde édition avec une nouvelle préface. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, 12:45, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎
- https://www.youtube.com/watch?v=07c__JEuPvc, 09:20, consulté le 30 septembre 2026. ↩︎